Archives de Sofina - Premier versement
Conservées aux AGR depuis 1984.
Traitement : AVAE en 1995.
Masse : 133 mètres linéaires ou 1913 articles.
Inventaire : publié (Jean-Louis MOREAU & René BRION, Inventaire des archives de SYBETRA S.A. (Syndicat belge d'entreprises à l'étranger) (1956 - 1984), publication I261, Archives générales du Royaume, Bruxelles, 1997).
Dates : 1956-1984.
Histoire de l'entreprise
A la fin de l'année 1953, plusieurs membres de la direction de la Société Générale de Belgique imaginèrent de créer une société spécialisée dans l'entreprise générale de projets "clés en mains". Pierre Smits, administrateur délégué de la société Traction et Electricité s.a., fut le premier promoteur du projet. Il estimait qu'une telle société serait le véhicule idéal pour donner une nouvelle forme aux exportations belges. Jusque là, aucun constructeur belge n'était capable d'assumer seul la responsabilité d'un ensemble qui nécessitait la mise en oeuvre de procédés distincts. Des syndicats temporaires étaient formés par les entreprises, qui présentaient des offres sous la coordination d'un ensemblier - en général un bureau d'études. Mais cette formule n'était pas satisfaisante. Tout d'abord, les associations momentanées ne prospectaient pas systématiquement les marchés, faute d'un cadre permanent: les informations intéressantes arrivaient presque par hasard, et en général trop tard. Ensuite, la formation d'un syndicat de ce type exigeait des délais trop longs: on perdait le bénéfice de pouvoir aider le client en participant à la rédaction des cahiers de charge. Enfin, il était rare que ces associations momentanées disposent de compétences particulières dans les questions de crédit à long terme.
Fondée en 1954 sous la forme d'un syndicat, le Syndicat Belge d'Entreprises à l'Étranger, alias Sybetra, a été transformé en société anonyme en janvier 1955 au capital de 100 millions de francs belges. Elle avait pour but de permettre l'exportation des équipements et services de ses actionnaires aux meilleures conditions de prix possibles.
De douze au départ, ses actionnaires passeront progressivement à vingt-six. Á cinq exceptions près, tous étaient des constructeurs, fournisseurs ou entrepreneurs de génie civil et de montage belges. Parmi ces cinq exceptions - la Société Générale de Belgique (24%), la Cie Bruxelles-Lambert pour la Finance et l'Industrie (8%), Electrorail, la Compagnie Coppée de Développement Industriel et la Société Nationale d'Investissement (chacun 2%) - quatre détenaient à leur tour des intérêts dans les entreprises actionnaires de Sybetra s.a. Celle-ci était donc contrôlée par ses sous-traitants et les holdings qui les chapeautaient. Pour ses actionnaires, Sybetra aurait dû constituer en quelque sorte un comptoir de vente à l'exportation.
Les contrats d'entreprises exécutés par Sybetra s.a. au long de ses vingt-cinq années d'activité seront en fait peu nombreux (une cinquantaine) mais d'un montant généralement assez élevé, allant de quelques centaines de millions à plusieurs milliards. La nature des différents projets différait sensiblement d'un cas à l'autre. Leur durée d'exécution s'étalait sur des périodes assez longues: de trois à cinq années.
On peut distinguer plusieurs phases dans l'histoire de la société. Durant ses premières années d'activité, elle essaya d'effectuer une percée sur les marchés internationaux en réalisant des interventions de type commercial pur.
A la fin des années 1950, Sybetra effectua en collaboration avec un important entrepreneur général allemand un complexe sidérurgique complet au Portugal. "Dans le cadre du financement qu'elle organisa avec ses banques, Sybetra fut chargée du 'shopping around' de divers lots d'équipements et de services sur la base de dossiers techniques établis par l'entrepreneur général, sa responsabilité étant limitée à l'adéquation de ces fournitures et services aux spécifications reçues." Ce contrat, qui fut couronné de succès, ouvrit de nouvelles perspectives à l'entreprise. Il amorça une longue période de relations privilégiées avec de grands entrepreneurs des pays voisins, qui reconnaissaient en Sybetra un partenaire fiable, susceptible en outre de mobiliser les lignes de crédit disponibles en Belgique. En échange de ce service financier, Sybetra obtenait de pouvoir placer en Belgique la commande d'équipements et de services d'origine belge.
De 1966 à 1971, Sybetra s.a. exécuta son premier grand contrat d'entreprise. Il s'agissait d'assurer seule la réalisation de deux usines d'engrais en Roumanie. Sur un investissement d'environ 10 milliards, la commande passée à Sybetra par l'Etat roumain s'élevait à 3 milliards. Cette somme couvrait la fourniture du know how, des études réalisées pour des prestations à charge du client (équipements banalisés, travaux de génie civil et de montage), et des équipements à importer essentiellement de France et de Belgique. Sybetra devait en outre assurer la supervision du montage et des travaux de génie civil et assurer la mise en route des usines. Ce contrat, négocié avec des marges bénéficiaires très étroites, se solda par un bilan en demi-teinte. Certes, l'entreprise avait essuyé des pertes sur le chantier (pertes prévues au moment de la signature). Mais d'autre part, "la société avait fait une très ample moisson d'expériences très variées qui consolidèrent sa maîtrise de divers aspects du métier d'entrepreneur général". La réputation de Sybetra comme entrepreneur général à l'étranger en sortit confortée.
Cependant, les relations entre Sybetra et ses actionnaires se dégradèrent, car ses responsabilités comme entrepreneur général l'obligeaient à davantage de "neutralité" lors d'appels d'offres que lorsqu'elle intervenait comme fournisseur général dans le cadre d'un financement belge. Les retombées commerciales de Sybetra pour ses actionnaires se réduisirent.
Parallèlement à ses activités, le capital et le personnel de l'entreprise augmentaient. En 1966, le capital de Sybetra fut porté à un milliard. Le personnel passa de 175 personnes en 1965, juste avant le contrat roumain, à 255 personnes en 1967.
Au début des années 1970, Sybetra connut une importante dégradation de son carnet de commandes. Les années 1972 et 1973 ne virent la signature d'aucun contrat (en dehors de prolongements des contrats roumains), tandis que 1974 n'apporta qu'une seule commande (de 1,65 milliard) pour l'Algérie. Devant le besoin de nouvelles commandes, la société oublia les règles élémentaires du "contract management". En août 1975 et janvier 1976, elle accepta coup sur coup deux contrats très importants à exécuter en Iraq: l'installation d'une mine de phosphate à Akashat et la construction de l'usine de traitement de ce phosphate en vue de la production d'engrais à Alkaïm. Le montant des deux contrats représentaient le total fabuleux de 30 milliards - un recoord pour l'époque. Sybetra voulait ainsi accomplir une performance pour se positionner définitivement dans le monde de l'entreprise générale. Mais le projet était risqué dès son origine en raison des montants en jeu et de l'étroitesse de la marge bénéficiaire. De plus, les contrats iraqiens avaient été négociés dans la précipitation et sans grande coordination avec les sous-traitants. Pour assurer son exécution, Sybetra engagea en toute hâte plusieurs centaines de personnes qui n'avaient pas toute l'expérience souhaitable: le total des personnes occupées par l'entreprise passa à plus de 800 personnes en 1979.
Malgré tous les efforts de la direction de l'entreprise, les délais d'achèvement s'allongèrent considérablement et le coût de l'intervention propre de Sybetra atteignit des sommes jamais vues dans l'histoire de la société. Les pertes s'élevèrent progressivement, pour atteindre plusieurs milliards. Cependant, les actionnaires de l'entreprise, et notamment la Générale de Belgique, décidèrent de soutenir financièrement la société jusqu'au bout de son calvaire iraqien, afin notamment de ne pas ternir à tout jamais la réputation des entrepreneurs belges à l'étranger.
Les quelques autres contrats conclus à la même époque par la société Sybetra s.a. en Corée, au Pérou et en Algérie se clotureront en bénéfice, mais face au désastre du projet en Iraq, Sybetra s.a. dut cependant cesser ses activités commerciales en 1981. Une fois les contrats en cours achevés, la société s'occupa de démobiliser son personnel.
Intérêt
Les archives de Sybetra sont tout à fait exemplaire à la fois de son époque et du milieu dont elle est issue.
De son époque tout d'abord. Sybetra était une société d'entreprise générale, très active durant les années 1960 et 1970 dans les pays en voie de développement. À cette époque, l'entreprise générale apparaissait comme un moyen d'assurer un débouché à l'industrie occidentale en même temps que le développement de pays récemment décolonisés.
De son milieu ensuite. Sybetra était une émanation du groupe de la Société Générale de Belgique, qui fut longtemps le symbole de ce que la Belgique pouvait présenter de plus important, sinon de plus performant, dans de nombreux domaines de l'industrie. Sybetra fut conçue comme une machine commerciale, un vecteur pour l'exportation de produits manufacturés dans notre pays, qui, comme chacun sait, dépend plus que tout autre au monde de ses exportations. Enfin, Sybetra, ce fut le triomphe de l'ingénieur, dans un pays où la matière grise est une valeur internationalement reconnue.
Contenu
Les archives contiennent une série importante de photographies et les dossiers du service commercial répartis en une vingtaine de projets réalisés à l'étranger (Roumanie, Chili, Yougoslavie, Congo, RDA, Argentine, Venezuela, Mexique, Soudan, Algérie, Irak, Corée du Sud, Pérou). La plupart des dossiers concernent les contacts avec les sous-traitants, ce qui donne un aperçu sur les activités de très nombreuses entreprises belges.

