Archives de la Société Générale de Belgique - Cinquième versement
Conservées aux AGR depuis 2004 pour une partie, depuis 2012 pour une autre.
Traitement : AVAE entre 2004 et 2024.
Masse : 275 mètres linéaires ou 5616 articles.
Inventaire : publié (BRION, R et MOREAU, J.-L., Inventaire des archives du groupe de la Société générale de Belgique s.a. Cinquième versement, 1823-2006, Bruxelles, Archives Générales du Royaume, inventaire n° I 79, 2025, 478 p.).
Dates : 1823-2006.
Histoire de l'entreprise
La Société Générale de Belgique a été fondée en 1822 sur l’initiative du roi Guillaume Ier des Pays-Bas et sous le nom d'Algemeene Nederlandsche Maatschappij ter Begunstiging van de Volksvlijt, en français Société des Pays-Bas pour favoriser le développement de l’industrie nationale. La société fut conçue comme une banque d’escompte et de crédit immobilier. Le roi lui accorda en outre un privilège d'émission et lui confia les fonctions de caissier de l'État, ce qui permit à la Générale de développer un réseau de succursales à travers tout le pays. Elle participa dès les années 1820 à la révolution industrielle en Belgique en accordant des prêts à des entreprises.
Lors de la Révolution belge de 1830, un nouveau gouverneur fut nommé, Ferdinand de Meeûs. La Générale rendit plusieurs services à la jeune Belgique. Dès septembre 1830, elle accepta les fonctions de caissier du jeune État. Elle participa à la négociation d'emprunts destinés à consolider sa situation. Et en 1831, la Banque ouvrit une caisse d'épargne au taux d'intérêt de 4 %. La Banque adopta le nom de Société générale pour favoriser l'industrie nationale (le nom de Société générale de Belgique fut seulement adopté au début du XXe siècle).
Vers 1835, la banque se lança à corps perdu dans l’industrie en prenant des participations directes dans des entreprises. Elle reprit ou créa trois complexes sidérurgiques et une douzaine de charbonnages. La Banque attaqua d'autres branches de l'industrie: construction mécanique, agro-alimentaire, textile, immobilier et même deux entreprises de navigation. En tout, la Banque patronna directement ou indirectement la création d'une quarantaine de sociétés entre 1835 et 1838, dont 15 aciéries et 7 grandes mines de charbon. Parallèlement, la banque vendit la plupart de ses domaines fonciers (environ 28 000 hectares furent mis en vente publique).
En 1848, une crise économique grave ébranla la banque. En 1849, le gouvernement n'accepta de proroger l'existence de la Générale que moyennant d'importantes modifications à ses statuts. Elle perdit son privilège d’émission au bénéfice de la Banque Nationale de Belgique, créée en 1850. Désormais, sa vocation fut quasi exclusivement industrielle. Elle se spécialisa dans trois domaines d'activité : le charbon, la métallurgie et la construction et l'exploitation de chemins de fer, essentiellement en Belgique, puis à l’étranger à partir des années 1870. La Générale investit dans des pays sans cesse plus lointains, dans des secteurs plus diversifiés : sidérurgie au Grand-Duché de Luxembourg et en Russie, charbonnages en Serbie, en Allemagne et aux Pays-Bas, succursales bancaires en Chine, en Grande-Bretagne, en Égypte, chemins de fer en Espagne, au Mexique, en Argentine, en Chine, en Russie...
En 1906, la Générale s'engagea au Congo à la requête du roi Léopold II de Belgique. La Société générale créa trois sociétés placées sous sa gestion, trois sociétés « sœurs » qui furent les plus importantes entreprises industrielles du Congo : l'Union minière du Haut Katanga (qui exploitait des mines de cuivre, d'or, d'étain, cobalt...) ; la Société internationale forestière et minière du Congo, alias Forminière (qui se spécialisera dans l'exploitation de diamants) ; et la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga, chargée de construire une voie ferrée "nationale", c'est-à-dire entièrement implantée sur sol congolais, entre les centres industriels du Katanga et Léopoldville.
La Grande Guerre éclata alors que la situation de la Générale était des plus prospères. Pendant les cinq années de conflit, ses efforts vont se concentrer dans trois directions: organiser la résistance morale et le ravitaillement du pays; préserver l'appareil industriel et économique belge, en Belgique même et à l'étranger; préparer un relèvement aussi rapide que possible de la Belgique à l'issue du conflit.
Au lendemain de la guerre, la relance de l'industrie belge mobilisa toute l'énergie de la Société générale. La banque revendiquait une vocation véritablement nationale, cherchant à émanciper le pays en ressources énergétiques, en matières premières, en moyens financiers, en technologies de pointe...
En 1928, la Société générale absorba la Banque d'Outremer, fondée en 1899 et qui était la deuxième puissance financière du pays... Cette opération renforça le rôle prépondérant de la Générale dans l'économie belgo-congolaise.
Lors de la grande dépression des années 1930, la Générale se trouva paralysée par des créances gelées. Dans le souci de protéger l'épargne, le gouvernement imposa en 1934 la scission des banques mixtes: désormais, les banques de dépôt ne pourraient plus détenir des participations dans des entreprises industrielles. Pour se conformer à cette législation, la Société générale fit apport en décembre 1934 de ses activités bancaires à une filiale nouvelle, la Banque de la Société générale de Belgique. À partir de 1934, la Société générale de Belgique n'est donc plus une banque mixte, mais un holding industriel et financier avec des participations diversifiées dans nombre de secteurs: charbon, sidérurgie, transports, chimie, textile, ciment...
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la direction de la Société Générale se préoccupa comme en 1914 d’assurer la subsistance de la population belge, d’éviter autant que possible les déportations de travailleurs, d’éviter un clivage entre classes sociales et de maintenir en état l'appareil industriel national. Dans les faits, la politique de travail de Galopin ne réussit à éviter ni les déportations, ni le travail des entreprises belges pour l'ennemi.
Après la guerre, la Générale continua à jouer un rôle fondamental dans nombre de secteurs industriels: sidérurgie, non ferreux, ateliers métallurgiques, verre, papier, industrie cimentière, production et la distribution d'électricité. Elle commençait toutefois à souffrir de la séparation radicale entre les banques et l'industrie, réalisée en 1934. Pour assurer l'essor de ses filiales, le holding avait besoin de pouvoir recourir à l'épargne. Or, pour des raisons fiscales notamment, l'investisseur se détournait de l'industrie, tandis que l'État-Providence accaparait une masse sans cesse croissante de ressources. Cette situation obligeait les filiales du groupe à recourir massivement à l'autofinancement. C'est ce qui explique sans doute en partie leur autonomie croissante vis-à-vis de leur maison-mère... Au Congo, cependant, les entreprises du groupe connurent un âge d'or dans les années 1950. Elles contribuaient aux revenus de la Société générale pour une moitié environ.
Dans les années 1960, la crise du charbon entraîna la fermeture accélérée des puits wallons, quelque dix ans avant celle des mines de Campine. En même temps, la Générale s’efforça de provoquer la concentration des entreprises qu’elle patronnait pour affronter le grand marché européen.
Lors de la crise des années 1970, la Générale, dont une bonne partie du portefeuille relevait de l'industrie lourde, souffrit des grands changements structurels induits par la crise. Elle fut contrainte de soutenir des entreprises en pertes récurrentes. Elle se dégagea à cette époque du secteur sidérurgique wallon.
Les années 1980 furent marquées par un effort de la direction de la Générale pour recapitaliser le holding. L'actionnariat devint de plus en plus dispersé et instable. La stratégie industrielle du groupe fut l'objet d'une intense réflexion. Son avenir fut axé sur son internationalisation, l'élagage de son portefeuille et son redéploiement dans des secteurs porteurs : le trading, l'électronique, les médias… Le holding renforça ses participations dans les sociétés pivots, spécialement Tractebel et la Banque.
En janvier 1988, le patron italien Carlo De Benedetti annonça son intention de lancer une OPA (offre publique d'achat) sur une partie du capital de la Société générale de Belgique, dont il entendait devenir le premier actionnaire. Suite à de grandes manœuvres boursières, c’est le groupe français Suez qui prit en fait le contrôle de la société. Devenue filiale du groupe français, la Générale se défit de nombreuses participations, jusqu’à concentrer ses actifs dans les seuls secteurs de l’énergie et des services aux collectivités (regroupés au sein de sa filiale Tractebel). En avril 1998, le groupe Suez lance une OPE sur les actions de la Société générale en circulation. En 2003, la Société générale de Belgique absorba Tractebel et devint Suez-Tractebel.
Intérêt
Les archives de la Société Générale de Belgique présentent un puissant intérêt, et ce pour plusieurs raisons. Elle est la plus importante société qui ait jamais existé en Belgique, en ce sens qu’il n’y a pas d’autre d’exemple d’un pays dont le développement économique ait été aussi intimement lié à celui d’une entreprise privée, pendant un aussi long laps de temps. En outre, elle s’est intéressée à des entreprises actives dans de nombreux pays et notamment : l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Angola, l’Argentine, l’Autriche, le Brésil, le Canada, la Chine, le Congo, l’Égypte, l’Espagne, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Hongrie, l’Italie, le Japon, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Russie, le Rwanda, la Suède, la Suisse, la Tchécoslovaquie (aujourd’hui République tchèque et Slovaquie), la Turquie, l’Ukraine, le Vietnam, la Yougoslavie… sans compter des micro-États accueillant des sociétés financières, comme le Liechtenstein, Jersey, Guernesey.
Le rôle de la Société Générale à l’étranger est particulièrement important pour ce qui regarde le Congo. Après la Première Guerre mondiale, celui-ci représente d’ailleurs l’essentiel de l’expansion du groupe à l’étranger. La Société générale y anime les trois principales liaisons ferroviaires, contrôle l’essentiel de la production d’électricité, mais aussi des sociétés agricoles, commerciales, financières… La Générale a joué dans l’histoire du Congo un rôle capital, y compris après l’indépendance.
Au fil de son histoire, la Société Générale s’est intéressée à quasi tous les secteurs de l’industrie et des services. Son poids au sein de l’industrie belge a augmenté sans cesse en valeur absolue, mais diminué sur le long terme en valeur relative par rapport à l’ensemble de l’économie nationale. Au milieu du XIXe siècle, la Générale contrôle quelque 40 % de l’industrie lourde (20 hauts-fourneaux sur 50 ; 44 % de la production de charbon). Elle reste par la suite intéressée pour l’essentiel à des secteurs gourmands en capitaux : les chemins de fer, les non-ferreux, l’électricité, la sidérurgie… Durant les « golden sixties », le groupe intervient encore à hauteur de 18 % dans les investissements de l’industrie manufacturière belge : elle contrôle alors un groupe de plus de 400 sociétés (dont 123 participations directes) ! Par ailleurs, il ne faut pas retenir que les aspects quantitatifs pour apprécier la puissance de la Générale. Les entreprises qu’elle patronne jouent souvent un rôle moteur dans les associations professionnelles et les cartels regroupant toutes les entreprises d’un même secteur. Par ce biais, l’influence que la Générale exerce sur l’ensemble de l’industrie dépasse le poids de ses filiales.
Les présentes archives regroupent pour l'essentiel celles des vingt-cinq dernières années d'activité du groupe entre 1988 et sa dissolution. On y trouve notamment les archives de nombreux dirigeants du groupe dont Etienne Davignon, Hervé de Carmoy, Gérard Mestrallet, etc.
Contenu
Les archives de la Société Générale de Belgique (5e versement) se répartissent en 74 sous-ensembles regroupés en treize parties, d’ampleurs très inégales.
La première partie (nos 1-10) se rapporte aux statuts de la société, à son enregistrement au Registre de Commerce, aux historiques de la société.
La deuxième partie (nos 11-37) est une collection de conventions engageant la société.
La troisième partie (nos 38-311) sont les archives des organes statutaires de la société : assemblée générale des actionnaires, conseil de direction (puis conseil d’administration), comité exécutif, comité de direction, comité de direction groupe, comité d’audit.
La quatrième partie (nos 312-318) reprend les archives de quelques comités internes qui n’ont pas été reconnus par les statuts.
La cinquième partie (nos 319-2059) regroupe les archives des gouverneurs, présidents et administrateurs délégués de la société. On y retrouve quelques documents du XIXe siècle mais surtout des documents postérieurs à la reprise de la Société Générale de Belgique par le groupe Suez en 1988 : archives d’Étienne Davignon, Hervé de Carmoy, Gérard Mestrallet, Philippe Liotier, Christine Morin-Postel et Jean-Pierre Standaert – pour ne citer que les principaux. Les sous-fonds sont ordonnés en fonction de l’ordre chronologique des nominations.
La sixième partie (nos 2060-2701) recense les archives de directeurs et conseillers de la société depuis Edmond Carton de Wiart, désigné en 1910, jusque Georges Ugeux, nommé en 1988. Ici aussi, les sous-fonds sont ordonnés en fonction de l’ordre chronologique des nominations.
La septième partie (nos 2702-2740) et la huitième partie (nos 2741-2883) regroupent les archives des secrétaires et cadres divers de l’entreprise.
La neuvième partie est la plus conséquente. Elle va du n° 2884 au n° 5130. On y a classé les archives des différents services de la société.
Les archives des filiales forment la dixième partie de l’inventaire (nos 5131-5188). Il s’agit d’archives propres d’anciennes filiales de la Société Générale, conservées au siège du holding. On a retrouvé des épaves d’archives de 13 sociétés filiales, qui ont été classées en fonction de leur date de création : de la plus ancienne à la plus récente.
La onzième partie de l’inventaire (nos 5189-5332) comprend des archives de trois organes gérés par la Société Générale de Belgique pendant la Première Guerre mondiale : le Département d’Émission, le Consortium Général des Banques et le Comité National de Secours et d’Alimentation.
Dans la douzième partie (nos 5333-5557), ont été regroupées des archives de formats particuliers : photos, bandes sonores, films ou vidéos.
La treizième partie de l’inventaire enfin (nos 5558-5565) comprend quelques ressources documentaires d’intérêt historique.

